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Comment Mohammed VI gère son grand retour dans la famille de l’Union africaine
7 mars 2017
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Trente-deux ans après avoir claqué la porte de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), le Maroc devrait réintégrer l’instance panafricaine, aujourd’hui l’Union africaine (UA). Pour l’occasion, le roi Mohammed VI est à Addis Abeba depuis vendredi. Si l’adhésion du royaume semble acquise, l’Algérie et l’Afrique du sud tentent de la retarder et d’imposer les conditions de la « cohabitation » avec la République arabe sahraouie démocratique (RASD), qui revendique la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental.

Siégera, siégera pas ? À moins de 24 heures du début du sommet des dirigeants de l’Union africaine, les 30 et 31 janvier à Addis Abeba, qui doit consacrer le retour du Maroc dans l’organisation panafricaine, les analystes se perdaient en conjectures sur la participation ou pas de Mohammed VI. Le souverain chérifien est arrivé vendredi soir dans la capitale éthiopienne à la tête d’une importante délégation comprenant entre autres, son conseiller et ami, Fouad Ali El Himma, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Salaheddine Mezouar, le ministre délégué, Nasser Bourita, le puissant patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, services secrets extérieurs), Yassine Mansouri…

Le roi a annoncé son intention de réintégrer l’UA en juillet 2016 à Kigali. Depuis six mois, il a multiplié les déplacements, se rendant entre autres au Rwanda, en Éthiopie, en Tanzanie, au Sénégal, au Mozambique. Et les officiels marocains ont fait le forcing pour revenir siéger dans l’enceinte dès ce sommet. Mais l’Algérie et l’Afrique du sud, soutiens inconditionnels de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), ne l’entendent pas de cette oreille.

Vendredi soir, Mezouar et Mansouri ont eu une réunion houleuse avec la présidente de la Commission de l’UA, la sudafricaine Nkosazana Dlamini-Zuma. L’adhésion du royaume devait être examinée comme troisième point de l’ordre du jour de la réunion de lundi des chefs d’État. Or, la Sudafricaine veut l’inscrire à la fin de la deuxième journée. « Les Algériens et les Sudafricains espèrent ainsi soulever au dernier moment la question des frontières héritées de la décolonisation [Ndlr : et ainsi reposer le débat de l’annexion marocaine du Sahara en 1975] et de la reconnaissance de la RASD comme préalable à l’accession du royaume en espérant repousser notre adhésion », explique un officiel marocain.

L’ordre du jour est dorénavant dans les mains du président sortant de l’UA, le tchadien Idriss Deby, et de son successeur, le guinéen Alpha Condé, qui vont présider les réunions. « Les deux dirigeants ont donné des assurances au roi qui a effectué le déplacement à Addis Abeba, tente de se rassurer l’officiel. Normalement, l’adhésion du Maroc doit être validée ce lundi. Cette adhésion permettra d’installer le porte-nom du pays dans la salle de réunion des chefs d’État, notre fanion ainsi que notre drapeau. Le roi sera invité à prononcer un discours, le mardi, avant la clôture. »

Un virage à 360 degrés. Le Palais a longtemps tergiversé sur l’intérêt ou pas de réintégrer l’organisation panafricaine. Le grand-père de Mohammed VI, feu Mohammed V, était perçu comme un panafricaniste. Auréolé de sa stature d’exilé forcé à Madagascar par les Français, il a contribué à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, ancêtre de l’UA). En janvier 1961, peu avant son décès, il a réuni à Casablanca plusieurs de ses pairs pour jeter les bases de la future organisation, créée deux ans plus tard. Son fils, Hassan II en claquera la porte en novembre 1984 pour s’opposer à l’admission, deux ans plus tôt, de la RASD. Davantage tourné vers l’Ouest, qui en fait un allié dans la lutte contre l’influence soviétique, Hassan II continuera néanmoins à entretenir de bonnes relations politiques avec les pays du pré carré francophone, particulièrement le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Gabon…

Lorsqu’il accède au trône en 1999, le jeune roi, Mohammed VI, et ses conseillers décident de repartir à la conquête économique de l’Afrique. L’idée est d’y trouver des relais de croissance alors que les pays de l’Union européenne, le débouché naturel, sont plus préoccupés par l’élargissement que par leur voisinage du sud de la Méditerranée. Le roi multiplie alors les déplacements sur le continent, emmenant à chaque voyage une impressionnante caravane commerciale, annule la dette des pays africains, accorde des bourses pour les étudiants du sud du Sahara qui veulent se former au Maroc… Au cours de ses visites, il signe des accords de coopération bilatérale et demande aux grands groupes du royaume d’investir en Afrique. La Royal Air Maroc va alors ouvrir des liaisons sur le continent, les banques, les cimenteries, les sociétés de télécoms s’y installer. La diplomatie économique est d’abord tournée par l’Afrique francophone puis aussi vers les pays anglophones.

Formalité. Mais le roi reste longtemps inflexible sur la question de l’Union africaine. Pas question de la réintégrer tant que la RASD y siège. C’est ce que lui conseille l’ancien ministre des Affaires étrangères, Taïeb Fassi-Fihri, actuel conseiller diplomatique. Pourtant, au sein du ministère marocain des Affaires étrangères, les avis divergent. Certains diplomates recommandent un retour au sein de l’UA, arguant qu’il y serait plus facile d’y combattre de l’intérieur la RASD et son parrain algérien. In fine, Mohammed VI se laissera convaincre par ses alliés africains de franchir le pas. Les présidents amis du Sénégal, du Gabon, du Congo, de la Côte d’Ivoire militent en ce sens depuis des années. Et, ces derniers mois, les dirigeants comme le Rwanda, l’Éthiopie, la Tanzanie n’y sont plus opposés. À tel point, qu’à la veille du sommet de l’UA, les officiels marocains prétendent que leur retour ne sera qu’une formalité, 44 pays africains promettant de la soutenir.

À Addis Abeba, les chefs d’État africains doivent aussi élire le prochain président de la Commission de l’UA. Nkosazana Dlamini-Zuma ne souhaite pas rempiler pour un deuxième mandat de quatre ans car elle veut retourner en Afrique du Sud pour y briguer la magistrature suprême de son pays. Le Maroc soutient officieusement la candidature de l’ancien ministre sénégalais, Abdoulaye Bathily. Un problème pour l’Algérie qui craint qu’après son retour, le royaume en profite pour faire demander l’exclusion de la RASD. Alger préférerait l’élection de la patronne de la diplomatie kényane, Amina Mohamed, qui s’oppose publiquement à cette exclusion, ou du ministre des Affaires tchadien, Moussa Faki Mahamat, jugé plus proche. Cette élection est d’autant plus importante que le royaume menace de barrer la route aux Algériens dans les instances de l’UA, comme à la tête de l’importante Commission paix et sécurité. L’UA est loin d’en avoir fini avec les querelles des deux frères ennemis du Maghreb.

 

Source : http://www.lopinion.fr

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